Invention/Design au Musée des Arts et Métiers

Même si mon travail concerne les objets fabriqués en petites séries et que j’ai un goût prononcé pour l’artisanat et le fait-main, je n’en reste pas moins intéressé par un aspect plus industriel, quand le design rencontre l’ingénierie. Cette exposition au Musée des Arts et Métiers propose un panorama de l’évolution du design, de la Révolution industrielle jusqu’à nos jours. Élaborée par l’agence de design Sismo, cette expo regroupe une collection d’objets issus de l’industrie et de notre quotidien.

L’entrée propose une série de vélos de toutes sortes (de course, pliant…) dont je vous propose deux échantillons. Le premier, le « vélo » Alerion est une pièce unique en frêne blanc et carbone de la marque Keim créée par Paule Guérin, Till Breifuss et le sculpteur Charles Bournois. La rencontre entre des ingénieurs et un sculpteur d’art (meilleur ouvrier de France tout de même !) donne naissance à un objet performant d’une incroyable beauté où la délicatesse des ciselures évoquent les ailes d’un messager.

Le second exemple est plus personnel. J’aime les vélos et j’ai un attachement pour la marque française Gitane. Il s’agit du « Delta E », modèle qui permit à Fabrice Colas de décrocher le bronze aux J.O. de 84. Vélo de piste, dépouillé au maximum… de nombreux adeptes du fixie paieraient cher pour enfourcher cette machine.

Vélo Delta E Gitane
Vélo Delta E Gitane

Le reste de l’expo se tient dans une salle plongée dans une semi-pénombre où l’éclairage est fait sur les objets. On peut les regrouper en deux catégories : ceux qui ont peu ou pas évolué depuis leur invention comme le manomètre ou l’auto-cuiseur, et ceux qui, au contraire, sont nés ou ont évolué en fonction des progrès technologiques, industriels ou sociétaux de ces 100 dernières années. Je vous propose un focus sur ces derniers.

Le monde évolue, et pas toujours dans le bon sens. La précarité grandit et les conflits armés sont toujours présents. Quand l’économie et le politique peinent à trouver des solutions, les designers et architectes tentent, à leur niveau, de palier aux besoins des populations les plus fragiles. Le lit « Leafbed » et le « Mine Kafon » en sont les meilleurs exemples. Un module en carton recyclé solide, léger, isolant et biodégradable permet de confectionner un lit, une table ou des tréteaux pour des camps de réfugiés par exemple. Produit localement par Smurfit Kappa qui dispose d’usines partout dans le monde, il est donc rapidement fabriqué, acheminé et assemblé. Quant au « Mine Kafon », il s’agit d’un dispositif destiné à mettre hors service les mines anti personnel. Ce projet de diplôme de Massoud Hassani, étudiant en design aux Pays-Bas né en Afghanistan, s’inspire des jouets qu’il construisait quant il était enfant. Propulsé par le vent et équipé d’un GPS pour être localisé, cet objet perd quelques « aigrettes » lors des explosions. Fabriqué en bambou et plastique biodégradable il ressemble étrangement à un gigantesque pissenlit. Un objet poétique qui combat la barbarie…

L’éco-design est également présent sous la forme d’une radio portative. La radio WR03-CUBE/4B est fabriquée artisanalement sur l’île de Java en Indonésie dans une usine créée par le designer Singgih Susilo Kartono pour assurer la survie de son village natal. Une trentaine d’artisans y travaillent et n’emploient que du bois local en replantant chaque arbre coupé.

Radio WR03-Cube/4B - Expo INVENTION/DESIGN 02.2016
Radio WR03-Cube/4B

Également sur le thème de l’écologie, la machine « The Polyfloss Factory » est une solution ludique pour recycler les déchets de polypropylène. Utilisant le principe de fabrication de la barbe à papa, elle permet de produire des fibres non tissées pouvant servir de rembourrage ou d’isolant. Cette « laine » peut aussi être filée pour réaliser des textiles.

L’imprimante 3D est une avancée technologique incontestable. J’ai vu de nombreuses démonstrations au cours desquelles on vantait l’attrait économique et créatif de cette machine. Mais là, le sujet est particulièrement intéressant. Sous l’angle de la vanité et de Hamlet tenant un crâne, les Sismo vous proposent, à partir de l’IRM de votre crâne, de tenir entre vos mains votre propre tête. To be or not to be…

IMG_5598
Projet Vanités High-Tech Sismo

Pour finir, quelques objets iconiques, sans entrer dans le détail car vous les connaissez sans doute déjà (à condition d’être né avant les années 90 !). C’est toujours un plaisir pour moi de revoir ces objets. Révolutionnaires à leur époque, je les ai aimés, désirés et parfois possédés. Aujourd’hui désuets et pas encore vintage, ils feront sûrement leur retour quand la mode l’aura décidé.

Dans cette expo, les Sismo réussissent à mettre en évidence le lien entre design, mode de vie et production. On comprend que le designer n’est pas qu’un styliste comme on le pense souvent. Son intervention se fait en synergie avec de nombreux corps de métiers dans le but de produire des objets intelligents, plus efficaces et moins polluants et, oui, parfois plus beaux.

Visible jusqu’au 6 mars 2016, c’est ouvert du mardi au dimanche de 10h00 à 18h00 et l’entrée est à 6€.

 

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